Pénurie V
Et si altérer son vocabulaire pour déconstruire et désarmer la pensée de pénurie pouvait changer le monde ? Petit manuel de piratage linguistique pour tenter l’échappée belle et réinventer le monde.
La pénurie est un système de pensée, pas une fatalité cosmique. À force de la nommer et de la cartographier, elle cesse d’être une évidence intouchable. Un conditionnement se défait. Une peur s’apprivoise. La pensée de pénurie a ses fissures. Alors, pourquoi ne pas s’immiscer dans ces brèches et interstices pour glisser vers d’autres possibles plus généreux et moins étouffants.
Changer le monde commence par se jouer des mots qui le constituent. Le vocabulaire structure l’imaginaire collectif et bétonne les croyances. Remplacer « rareté » par « partage » et « compétition » par « cohabitation » pourrait transformer la pénurie en opportunité inattendue. À la place du sempiternel : « il n’y en aura pas pour tous », pourquoi ne pas dire : « et si on partageait autrement » ?
Petite expérience indolore : bannir provisoirement les mots toujours et jamais de son vocabulaire. Un mois sans ces tyrans linguistiques pour vérifier si le monde paraît plus flexible, moins étriqué. Ou pas. C’est juste un test amusant. Un nouvel espace s’ouvre-t-il dans les généralités absolutistes ? Un paysage plus nuancé se dessine-t-il dans les sillons discrets des cerveaux conditionnés ?
Autre hack réjouissant : s’attraper en flagrant délit de pensées automatiques de pénurie. Quand la jalousie murmure sournoisement « Et pourquoi pas moi ? », introduire innocemment un doute en intercalant un subtil « Mais au fait… qui dit ça ? ». Cette micro-pause interrogative suffisamment taquine désamorce les réflexes mécaniques et déstabilise le monologue intérieur avant qu’il ne s’installe confortablement en frustration chronique.
Ces détournements linguistiques anodins agissent comme des grains de sable facétieux dans les rouages de la pénurie internalisée. Nul besoin d’efforts héroïques, juste une pincée régulière d’attention amusée. La pensée de pénurie a été apprise, elle peut donc être désapprise. À coups de mini-actes simples et anodins de piratage mental au potentiel révolutionnaire… Ça vaut le coup d’essayer, non ?
[Dans le prochain épisode : place à l'action ! Comment des micro-gestes du quotidien permettent de défier joyeusement la pénurie en réapprenant la générosité, la créativité et l’art subtil de s'ouvrir aux autres…]


